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A la fin de la route | 19 septembre 2017

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J’ai lu pour vous « American Dream » de Guillemette Faure

J’ai lu pour vous « American Dream » de Guillemette Faure
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Bernard avancera vers vous, mèche au vent, port altier, chemise négligemment ouverte, vous annoncer le menu. Il y aura de l’action, des arrestations, du pognon et avec un peu de chance, du sexe. Il se contentera du triangle New York, Los Angeles et Miami. Quoique, il fera peut-être un crochet par San Francisco ou Palo Alto (les nerds), Clearwater (les scientologues), Salt Lake City (les mormons)… Il vous donnera l’impression d’un état surpuissant, d’un système politique huilé, d’une vie verrouillée. Il conclura en disant que c’est ça, « L’Amérique de tous les excès »…

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Au final, ce bon Bernard de la Villardière, avec sa tronche à donner du cor de chasse dans la forêt de Rambouillet, viendra juste apporter de l’eau au moulin que l’on a nourri, à grands renforts de reportages bidons et de séries caricaturales, sur une image partielle et partiale des Etats-Unis. Les rodéos, les diners, les buildings, la route à n’en plus finir, la peine de mort, les hamburgers, les cowboys, les obèses et les films. La façade des USA.

« C’est peut-être parce qu’on pense déjà connaître l’Amérique qu’on la connaît si mal », lance Guillemette Faure, dans l’introduction de American Dream, dictionnaire rock, historique et politique de l’Amérique. Oui, les Etats-Unis sont bien plus que tout ça. Ils sont sauvages et urbains, rednecks et cravatés, armés et bios, ils sont, comme tous les peuples, plein de contradictions. Ils sont uns et plusieurs tout simplement. Et la journaliste (Rue 89, Inrocks…) a tapé juste et nous livre le véritable ADN des USA d’aujourd’hui et toutes les clés pour comprendre l’état d’esprit US. Une lecture selon moi indispensable avant de voyager ou de s’installer aux States.

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Comme indiqué, sous la forme d’un dictionnaire, elle balaie un maximum de sujets : hypertrophie du culte de la personnalité, de la self esteem, les grands débats qui agitent la société (avortement, culture wars, peine de mort…), des petits détails qui vous éclairent. Elle s’arrête sur le système politique complexe (grands électeurs, winner takes all, gerrymandering, super pac…) et des grandes personnalités connues ou méconnues (Glenn Beck, ou le Shérif Joe Arpaio, en photo en haut, qui a eu l’idée d’habiller ses prisonniers en rose) de ce côté-là de l’Atlantique.

Les chapitres les plus légers donnent lieu à de bons moments. L’auteur s’arrête volontiers sur les obsessions américaines (barbecue, cannelle, concours de bouffe, lait cru, les malls, concours d’orthographe, le café…) et les abréviations (BO pour « Body Odor », BFF pour « Best Friend Forever », Flotus pour « First Lady Of The US », TMI pour « Too Much Information », ou encore Yolo, You Only Live Once). Enfin, certains chapitres sont carrément tordants (le « date », la « girl next door », le « hug », les fouilles d’aéroport).

Mieux, le dictionnaire n’est ni un panégyrique, ni un pamphlet anti-US. Mais Guillemette Faure n’hésite pas à mettre le doigt sur certaines contradictions ou sur des choses exaspérantes. On pense aux étudiants devenus clients de leurs universités, au French Bashing, aux mugshots (ces photos de police que l’on retrouve sur le net et qui font fi de la notion de présomption d’innocence), au perp walk (DSK y a gouté, c’est  traîner l’accusé, menottes au poignets, devant un parterre de journalistes. Encore un déni de présomption) ou encore les shaming sanctions, à la manière de « La Lettre Ecarlarte » de Nathaniel Hawthorne.

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Au final, ce dictionnaire éreinte quelques idées reçues. Oui, chaque décision prise par l’état est remise en question. Non, Washington n’est pas surpuissant. La liberté individuelle passe avant tout, parfois jusqu’à l’ubuesque (free speech, le nimbysm – not in my backyard – soit « pas dans mon jardin ») et chaque décision des politiciens est d’abord envisagée d’un oeil méfiant. « Dans ces temps de crise, le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes. Le gouvernement, c’est le problème » avait déjà dit Ronald Reagan lors de son discours d’inauguration en 1981. C’est encore vrai aujourd’hui.

Vous l’aurez compris, je recommande chaudement ce livre. Et malgré quelques scories orthographiques et quelques oublis (où est le Superbowl ?), je pense sincèrement qu’il est d’utilité publique. Y compris pour arrêter de regarder Bernard marcher dans le vent.

Mais avant de clore le dossier, je n’ai pas pu résister à vous mettre quelques infos piochées dans American Dream.

  • Vous apprendrez ainsi :

> Qu’à l’école, on note de A à F (très rare) mais que le E n’existe pas. Que le crayon a papier règne dans les tests pour donner l’impression d’une « seconde chance ».
> Qu’il n’y a pas un seul Air Force One. Tout avion dans lequel voyage le président est alors appelé Air Force One.
> Que la foi des Américains a sûrement été amplifiée par l’athéisme communiste.
> Qu’ils descendent 76 litres de bière par an et par personne.
> Qu’Obama a admis avoir fumé de la Marijuana et pris de la coke.
> Qu’il n’y a pas que des visages de présidents sur les billets (Alexandre Hamilton, secrétaire au Trésor sur les billets de 10 et Benjamin Franklin sur les billets de 100).
> Qu’il y a 500 communes dry, c’est à dire où la vente d’alcool est interdite.
> Que les écureuils sont responsables d’une panne de courant sur quatre aux States.
> Que l’eloping est le mot qui désigne le mariage à l’improviste, sans prévenir personne.
> Que quatre des cinq derniers présidents sont gauchers.
> Qui appelle-t-on les Twinkies ou bananes ? Les ABC (American Born Chinese), jaunes dehors, blancs dedans.
> Que Motel 6, l’une des chaînes de motels du pays, appartient au groupe français Accor.
> Que la devise des Etats-Unis n’est pas « In God We Trust« , inscrit sur les billets depuis seulement 1957, ni « One Nation Under God« , mais bien E Pluribus Unum (« De plusieurs nous faisons un »).

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> Qu’un foyer sur trois possède une arme.
> « I Love NY » a été créé gratuitement à la fin des années 70 par un dénommé Glaser pour redorer le blason de la ville.
> Que le président a déjà été convié à faire partie d’un jury (en 2010).
> Que les ventes de « fromages qui puent » sont en progression de 75 % depuis les années 80.
> Pour parler de pluriculturalisme, on ne parle plus de « melting pot », terme démodé mais de « salad bowl ». Les éléments ne se fondent pas les uns au autres mais gardent leurs saveurs et leurs couleurs.
> Que le Negative Campaigning, cette campagne politique trash,  ne date pas  d’hier. En 1828, Andrew Jackson, qui affrontait John Quincy Adams, a été accusé de meurtre, d’alcoolisme, d’esclavagisme et de cannibalisme !
> Que les hôtels n’ont pas de 13e étage.

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> Que la couleur jaune des post-its est le fruit du hasard. Il n’y avait que celle-là de dispo pour les essais.
> Qu’il y a 1600 pizzérias à NY, qu’une cinquantaine s’appellent Ray’s Pizza et que le prix de la slice (part) est indexé sur le tarif du ticket de métro.

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> Que Franklin, Greenville, Clinton et Springfield sont les noms de ville les plus courants.
> Qu’il y a 13237 taxis à NYC, bientôt rejoints par 2000 nouveaux.  Vous saurez aussi pourquoi il ne faut jamais chercher un taxi entre 16 et 17 heures à Manhattan.
> Que les camions UPS tournent presque seulement à droite pour économiser du carburant.

Bref, vous apprendrez plein de trucs, aussi utiles, qu’inutiles. Ne vous en privez surtout pas.

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